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De l'homme à la liberté
Kant fait de la liberté la clef
de toute la philosophie.
Le sens de sa révolution copernicienne,
c'est de placer l'autodétermination
au centre de tout, pour que l'homme soit ordonné à lui-même.

Les trois questions de Hume

L'introduction de la notion de sujet en philosophie (l'homme considéré en termes logiques par rapport à l'objet) a provoqué des bouleversements. À travers les trois questions qu'il a posées, David Hume (1711- 1776), fondateur de l'empirisme*, en est l'illustration exemplaire.

C'est pour cela que Kant (1724-1804) l'a remercié de l'avoir réveillé de son « sommeil dogmatique ». Premièrement, fait remarquer Hume, nous conférons beaucoup trop d'être* à la nature*. Or, qu'est-ce qui permet de croire qu'elle en a ? Par exemple, parce que nous voyons le soleil se lever tous les jours, nous en concluons qu'il se lèvera demain. De l'ordre que nous croyons déceler dans les choses, nous en déduisons un système de causes et de ce système de causes nous en tirons des prédictions ?
Et si tout cela était sans fondement ?
Et si le soleil ne se levait pas demain, parce qu'il n'y a pas d'ordre ni de causes dans la nature, mais simplement un chaos que nous ne voulons pas voir.
deuxièmement, nous conférons beaucoup trop d'être au sujet. Tout n'est-il pas changeant en lui ?
N'est-il pas illusoire de lui prêter une identité, alors qu'il est une série d'états mouvants renvoyant, comme la nature, à un chaos ?
Troisièmement, s'agissant de la relation sujet/objet, nous nageons là aussi en plein idéalisme, en imaginant un ordre du sujet rencontrant miraculeusement l'ordre des objets du fait d'un ordre général guidant toutes choses.
N'est-ce pas davantage l'ordre de nos habitudes socialement ordonnées qui provoque l'ordre que nous croyons trouver dans les choses comme en nous-mêmes ?






" On a admis jusqu'ici
que toutes nos
connaissances
devaient se régler
sur les objets...
que l'on cherche
donc une fois
si nous ne serions pas
plus heureux dans
les problèmes
de la métaphysique
en supposant que
les objets
se règlent sur
notre connaissance.
Car, il en va ici
comme de la première
idée de Copernic. "

Kant,
préface 2e édition (1787)
Critique de la raison pure.

 

 

« Le premier qui démontra
le triangle isocèle
comme Thalès,
fut frappé
d'une grande lumière;
car, il trouva qu'il
ne devait pas s'attacher
à ce qu'il voyait dans la figure, mais qu'il avait à construire
cette figure au moyen
de ce qu'il pensait..

de même,Galilée,
Torricelli et Stahl
ont compris que
la raison n'aperçoit
que ce qu 'elle produit
elle-même
d'après ses propres plans...

et qu'elle doit forcer
la nature à répondre
a ses questions,
au lieu de se laisser
conduire par elle. »

Kant,
préface 2e édition (1787)
Critique de la raison pure.

C'est en devenant
autonome comme la nature
que l'on parvient à déchiffrer
les secrets de celle-ci.

Le transcendantal

Hume a raison de poser ces questions, dit Kant, car il bouscule ainsi tous les dogmatismes*.
Mais il fait une Triple erreur. Quand on pose que la nature est sans règles, comment peut-on le faire sinon parce que l'on a le sens de la règle en nous qui nous permet de juger son absence ?
Et quand nous constatons que le sujet change, comment pouvons-nous le faire sinon parce que nous avons le sens du sujet et de ce qui ne change pas ?
Ainsi, n'est-ce pas parce que nous jugeons un accord possible entre nous et le monde que cet accord existe ?
En fait, précise Kant, Hume est passé à côté du transcendantal*, c'est-à-dire des conditions de possibilité qui nous permettent de juger.


La révolution copernicienne

Suite à cette critique, Kant fait trois remarques capitales

- loin d'être chaotique, la nature est autonome, c'est-à-dire gouvernée par ses lois propres ;

- loin d'être épars, le sujet est lui aussi autonome ;

- loin d'être le produit d'habitudes socialement ordonnées, le rapport de l'homme au monde est celui de deux auto
nomies : celle du monde et celle du sujet.

L'homme parvient à comprendre le fonctionnement autonome du monde, lorsqu'il devient lui-même autonome.

Ainsi, selon Kant, c'est parce que Copernic (1473-1543) et Galilée(1564-1642) ont su être libres comme Thalès (fin du VIIe-début du VIe siècle av. J.-C.) à l'origine, en ne s'appuyant que sur eux-mêmes, que la science moderne a pu naître.
de même que Copernic a découvert que la Terre tournait autour du Soleil par un acte d'autonomie de l'esprit, il importe que la philosophie devienne autonome et tourne autour du soleil de la liberté.