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La question de l'existence | |
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La philosophie aujourd'hui | |
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 | Penser après Auschwitz |  | La philosophie est une
nécessité dans les drames de l'histoire.
Contrairement à ce que l'on pense,
elle n'est pas de trop après Auschwitz.
|  | Face au mal
Peut-on encore écrire des poèmes après Auschwitz ?
C'est en ces termes que Theodor W. Adorno (1903-1969) se demande ce que peut signifier la philosophie dans la modernité. Cette question mérite d'être posée, car il est vrai qu'il y a une certaine vanité des discours à certains moments de l'existence.
Face à la mort, on se tait. On se recueille.
Face au mal, Voltaire montre, dansCandide (1759), que l'on ferait bien parfois aussi de se taire et de ne pas trouver une raison pour tout, sous peine d'être ridicule.
de plus, si la philosophie ne parvient pas à changer le coeur de l'homme, à quoi sert-elle ?
Et si le peuple le plus cultivé d'Europe, qui a vu naître Goethe (1749-1832), Beethoven (1770-1827) et Kant (1724-1804),
a pu produire des fours crématoires, quel sens donner à la philosophie qui s'est voulue l'âme de cette culture ?
N'est-elle pas une utopie face à l'obscurité de la nature humaine, et son impuissance n'est-elle pas à la mesure de nos illusions la concernant ?
Enfin, quand bien même elle aurait une pertinence, n'est-elle pas révolue avec la modernité ? Quand on voit une société se mettre à penser que la pensée ne sert à rien et se servir de la culture contre l'esprit, n'est-ce pas Heidegger (1889-1976) qui a raison de dire que la philosophie s'est achevée avec Aristote (384-322 av.J.-C.) et qu'elle n'aura plus jamais lieu ? |
Par manque de foi
Selon Emst Cassirer
(1874-1945),
c'est le manque de foi
en la modernité
qui a poussé
Martin Heidegger
vers le nazisme en 1933,
avant qu'il ne réalise
son erreur.
" La nécessité de lutter
pour la philosophie
est presque aussi
vitale que le combat
pour la liberté.
L'antiphilosophie risque
par la stérilisation et
le tarissement à la source,
de fabriquer une génération d'abrutis manipulables
et parfaitement dociles,
incapables non seulement
de réagir, mais
de comprendre l'enjeu...
Il faut philosopher."
Vladimir Jankélévitch
(1903-1985),
quelque part dans
l'inachevé.
| Pour qui veut,
la philosophie est
a tout moment possible
et indispensable
face au désespoir.
La pensée est beaucoup
plus forte qu'on ne le croit. |
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|  | Il faut philosopher À ces questions, on peut répondre trois choses.
Premièrement, il faut écrire des poèmes après Auschwitz.
Car Auschwitz est né d'une haine de la culture de la part de ceux qui disaient, comme on l'a prêté à Goebbels,
ministre de l'Information et de la Propagande nazie :
« Quand j'entends le mot culture je sors mon revolver. »
Ce n'est pas la première fois que l'humanité est tentée par la barbarie, et l'avenir demeure aujourd'hui encore incertain. Aussi importe-t-il de lutter en rappelant que l'esprit est l'oeuvre de chaque jour.
Entre la rationalisation perverse du mal et le silence, il y a le courage.
quand on veut détruire l'esprit, raison de plus pour faire preuve d'esprit et se mettre à l'école de celui-ci.
|  | Le mal n'est pas une fatalité
Deuxièmement, face au mal, la philosophie est loin d'être une illusion.
S'il importe de ne pas être naïf, méfions-nous du désespoir.
À force de dire que l'homme a été, est et sera toujours mauvais, on commence par faire du mal une fatalité en démissionnant ; puis on devient cynique en disant que le mal est normal, avant de conclure que seule une dictature peut diriger les hommes.
C'est la raison pour laquelle, à Hobbes (1588-1679) qui déclare que l'homme est mauvais par nature, Rousseau (1712-1778) tente de dire, sans que cela soit compris, qu'il ne l'est pas. D'où sa fiction du bon sauvage. On ne peut pas reprocher à la philosophie de ne pas changer l'homme, quand, par ailleurs, on lui fait grief de le faire. On ne peut pas non plus vouloir se passer de la philosophie et l'accuser ensuite de ne pas avoir su éviter le pire quand il arrive.
Troisièmement, il est dangereux de dire, comme Heidegger, que la modernité interdit la philosophie.
Pour qui veut, la sagesse est là, et si on l'abandonne, elle, ne lâche jamais. Même dans la modernité ! |  |
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