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Platon et le langage
Platon a rappelé
combien il fallait être vigilant avec le langage.
Ce n'est pas parce que l'on parle que l'on pense.
Platon et les sophistes

En posant la question « qu'est-ce que ? »,Socrate (470-399 av. J.-C.) cherche à réveiller les hommes de son temps en leur apprenant à savoir ce qu'ils disent.
depuis, ce geste reste lié à la philosophie. Philosopher, c'est critiquer l'usage que l'on fait du langage, et ce pour trois raisons. La première nous est donnée par Platon (428-348 av. J.-C.).
Le langage est souvent trompeur, souligne-t-il.
Car il existe une magie des mots. Celle-ci s'alimente auprès de notre désir de faire parler toute chose en confondant les mots et les choses, comme le font les enfants.
Elle est aussi entretenue par les jeux de séduction qui traversent les relations humaines. Dans le domaine de la politique, de tels jeux peuvent être particulièrement graves. Ainsi, à l'époque de Platon, les sophistes* se faisaient fort d'enseigner l'art de parler de tout et de rien avec brio, afin de se faire élire dans les assemblées. Leur art consistait à flatter la foule en lui renvoyant l'image qu'elle attend, et ce afin de la manipuler en lui faisant parler leur langage. Au cours du XXe siècle, les totalitarismes dont cessé de s'emparer de la conscience collective en détournant le sens des mots par la propagande. En ce qui nous concerne, nous croyons souvent parler notre propre langage sans nous apercevoir que nous parlons une langue pleine de lieux communs et de phrases toutes faites qui se parlent toutes seules, par conformisme et par paresse.
Aussi est il important de critiquer le langage.
Car bien des drames auraient pu être évités, si l'on avait été plus vigilant avec les mots.








" Parmi les peuples,
comme parmi
les souverains,
il n'en est aucun que
l'abus des mots n'ait
précipité dans quelque
erreur grossière.

Pour échapper
à ce piège,
il faudrait suivant
le conseil de Leibniz,
composer une langue
philosophique,
dans laquelle
on déterminerait
la signification précise
de chaque mot.

Les hommes alors
pourraient s'entendre,
se transmettre
exactement
leurs idées ;
les disputes qu'éternise
l'abus des mots
se termineraient
et les hommes
dans toutes les sciences
seraient bientôt forcés
d'adopter les mêmes
principes."

Helvetius
(1715-1771), De l'esprit.






La science,
qui vient du choix
philosophique de la raison,

se tourne de plus en plus vers la conscience

Guillaume d'Occam et les généralités

À la suite de Platon,Guillaumed'0ccam. (1300-1349) et les nominalistes* du Moyen Âge ont critiqué le langage pour une deuxième raison: celui-ci est t rompeur à cause de ses généralités. Sans cesse nous utilisons ces dernières pour désigner les choses.
Mais qu'est-ce que cela recouvre au juste ?
quand nous disons «les hommes sont ceci » ou « l'homme est cela », qui sont les hommes et qui est l'homme ?
Ne tirons-nous pas des généralités de nos expériences particulières ?
Au Moyen Âge, les nominalistes ont élaboré toute une théorie du langage afin de montrer que les généralités sont construites. Plus près de nous, ce sont les empiristes* comme Hume (1711-1776) qui ont soutenu la même thèse.

L'esprit et la lettre

Enfin, il y a une troisième raison de critiquer le langage. Comme cela a souvent été dit : «la lettre tue et l'esprit vivifie. » Qui prend tout au pied de la lettre est à la fois sans intelligence et sans humour Qui est au contraire capable de voir le second degré qui se cache derrière les choses est non seulement intelligent mais généreux. Cette capacité est ce que l'on appelle la poésie, c'est-à-dire l'art de faire aller au-delà des images et des mots par les images ainsi que par les mots. Notre vie en est souvent privée. D'où le côté borné, sans humour, voire violent de nos relations. Aussi est-il important de remettre de la poésie dans nos vies en critiquant le langage, afin de ne pas prendre les choses à la lettre.
Au XVIIe siècle,Spinoza (1632-1677) consacre son Traité théologico-politique à montrer que si l'on pouvait enseigner aux fondamentalistes religieux la différence entre la lettre et l'esprit, leur violence fanatique disparaîtrait.