 | « Je » et « Tu »
Dans L'existentialisme est-il un humanisme Sartre (1905-1980) fait remarquer que deux choses sont fondamentales :
- la conscience, parce que personne ne peut penser pour l'autre ;
- autrui, parce que c'est face à autrui, lorsque celui-ci est un « Tu » nous regardant et nous parlant, que notre moi sort de sa solitude et de son silence afin de dire «Je».
de ce fait, le plus court chemin vers nous-mêmes passant par autrui, une conclusion s'impose : être, c'est être avec autrui et donc être ensemble.
d'où l'importance de la politique, comme le montre Spinoza (1632-1677) ; car plus le « Tu » prend forme, plus le « Je » prend forme avec lui.
Cependant, la politique est loin d'aller de soi. Ne trouve-t-on pas en elle une passion du pouvoir qui peut rendre fou, ainsi que le montrePlaton (428-348 av. J.-C.) ?
En outre, comme le soulignePascal (1623-1662), peut-on nier que le pouvoir fasse parfois l'objet d'un détournement de la part d'intérêts égoïstes provoquant ainsi la division de la société entre dominants et dominés ?
Une telle capture de la violence qui s'empare des choses, n'est-elle pas à l'origine d'un monde à l'envers dans lequel, la violence étant légalisée, ce n'est plus le juste qui est fort mais le fort qui devient juste ?
Comme le fait apparaître MichelFoucault (1926-1984), s'il est vrai qu'il y a une violence en politique provenant des passions, n'y a-t-il pas également une violence en celle-ci provenant de la raison ?
N'est-ce-pas au nom de la raison d'État
ou de la raison révolutionnaire que les pires crimes
ont été parfois perpétrés ?
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« Trouver une forme
d'association qui
défende et protège de toute la force
commune la personne
et les biens
de chaque associé,
et par laquelle
chacun sunissant
à tous n'obéisse
pourtant qu'à lui-même
et reste aussi libre
qu'auparavant. »
Rousseau,
Le Contrat social.
| Il faut une
philosophie
à la politique,
afin qu'elle
ne devienne pas
qu'une technique. |
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 | Politique et raison Tout cela est vrai. Mais faut-il pour autant se décourager ? N'est-ce pas justement une raison pour devenir présent au politique ?
Ce n'est pas parce qu'il y a de la violence en politique qu'il ne faut pas en faire. Bien au contraire ! La philosophie politique répond que la violence n'est pas une fatalité.
Celle-ci se nourrit souvent du renoncement collectif prenant l'allure d'une « servitude volontaire ».
En conséquence de quoi, la politique s'est efforcée de penser un pouvoir rationnel qui ne soit pas fou, en mettant en place les trois grands fondements de la démocratie contemporaine, à savoir :
- la souveraineté populaire s'exprimant à travers le suffrage universel (Rousseau) ;
- la séparation des pouvoirs (Montesquieu)
- le multipartisme et la liberté de la presse. Grâce à cette lutte des philosophes des Lumières* au XVIIIe siècle, pour le respect de la chose politique ainsi que pour la démocratie, nous jouissons aujourd'hui en France d'une liberté précieuse.
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 | Politique et communication
Quant à la seconde objection formulée par Michel Foucault, elle montre que la raison seule en politique ne suffit pas. S'il est important d'organiser rationnellement la société grâce à un État afin que celle-ci puisse devenir capable d'elle-même, ainsi que l'a expliqué Hegel(1770-1831), la politique est aussi une affaire de communication. C'est quand, grâce à cette dernière, le « courant passe » entre ses membres que la société se forme, et pas simplement quand des techniciens habiles la dirigent.
d'où l'importance de la philosophie, comme le fait ressortir le philosophe contemporain Jürgen Habermas (né en 1929). Car c'est par la communication autour de grandes idées que la foule se transforme en public et que du courant se met à passer en elle. |