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Vivre avec philosophie
La philosophie doit avoir
la philosophie de sa philosophie.
Être philosophe, c'est aussi
assigner des limites à la philosophie.
Attention à l'idéalisme !

«Entre mettre de la philosophie nulle part et en mettre partout, n'est-on pas en train de passer d'un extrême à l'autre ? »
Il est vrai que l'on a besoin de philosophie pour vivre, afin que la politique ne se prenne pas au piège de politiciens, l'art à celui des esthètes, la morale à celui des moralistes et la foi à celui des « illuminés » (Schwärmer), tels que les appelle Hegel(1770-1831). Cependant, il importerait que la philosophie s'applique à elle-même le même traitement qu'elle administre aux
autres, sous peine de se voir reprocher d'avoir tout pensé sauf elle-même.
Pour ne pas l'avoir fait, celle-ci est tombée, selon Nietzsche (1844-1900), dans la folie de l'idéalisme*, ce platonisme invétéré qui consiste à vouloir avaler le monde par la pensée, en ayant une pensée à propos de tout.
Paranoïa de la philosophie en général, diagnostique Freud (1856-1939). C'est pourquoiPlaton, le premier, puis nombre de penseurs, ont rappelé qu'il fallait avoir la philosophie de sa philosophie, en ne philosophant pas à propos de tout. Comment y parvenir ?
Peut-on penser à ne pas penser sans penser ?
Et cette pensée, qui fait mine de ne pas se prendre à son propre piège, n'est-elle pas le pire des pièges ?




« La vraie éloquence
se moque
de l'éloquence,
la vraie morale
se moque de la morale.
C'est-à-dire que
la morale du jugement
se moque de la morale
de l'esprit qui
est sans règles.
Car le jugement est
celui à qui appartient
le sentiment,
comme les sciences
appartiennent
à l'esprit.
La finesse est la part
du jugement,
la géométrie est
celle de l'esprit.
Se moquer
de la philosophie,
c'est vraiment
philosopher. »
.

Pascal,
Pensées.







Par l'humour,
la finesse
et l'innocence,
la philosophie
prend une distance
a l'égard d'elle-même
et découvre que la vie
est un livre.

Finesse, humour et innocence

La pensée est telle qu'elle possède des états limites lui permettant de ne pas être un délire et d'avoir la philosophie de sa philosophie.
Pascal (1623-1662) a écrit que «la vraie philosophie se moque de la philosophie
». Loin de rire de celle-ci, il a voulu dire par là qu'il faut distinguer l'esprit de finesse, qui est sans règles, de l'esprit de géométrie qui est réglé, et ce parce
pourquoi il importe de voir rationnellement la réalité, ci il n'y aura plus de science! des choses que l'on apprend sans méthode, par intuition, c'est-à-dire par saisie
immédiate du Tout que forment les choses.

Nietzsche, de son côté, a beaucoup parlé de l'innocence, cet état dans lequel on a conscience des choses sans avoir conscience d'en avoir conscience, en calculant sa conscience.

Enfin,Kierkegaard (1813-1855) a fait de l'humour le stade
suprême de la pensée: il a vu en lui cet état dans lequel on est soi-même, parce que l'on est capable d'aller, d'un rire, au-delà de soi.
Finesse, innocence, humour montrent qu'il existe une
pensée qui n'est pas ivre.
d'où vient-elle ? Assurément de nous.
Mais aussi, mystérieusement, d'une pensée autre
permettant d'avoir une distance libératrice à l'égard de la
pensée. Cette pensée limite est essentielle, car c'est elle qui fait que l'on peut ne pas désespérer de la pensée, ni en
être dégoûté, et adhérer à celle-ci, tant il est vrai qu'une
pensée dite avec finesse, humour et sans calcul, est toujours abordable.
C'est la raison pour laquelle Hegel l'a désignée d'un terme audacieux : le Savoir absolu.
qu'a-t-il voulu dire par là ?
Tout simplement qu'il y a des choses que l'on sait immédiatement, qui nous font vivre ce qui est comme ce qu'on est, tout en nous faisant rire de ce que l'on croyait être. Ces certitudes sont sans doute les choses les plus précieuses de l'existence : par elles, non seulement nous nous découvrons, mais nous comprenons que la vie est enseignement.
La vie est un livre et c'est ce que philosopher nous apprend.