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Vivre avec vertu
Penser, c'est aussi répondre à la question
« comment vivre ?».
Se donner une morale est une condition
essentielle de la vie philosophique.
De la théorie à la pratique

La philosophie a commencé avec la quête d'une sagesse c'est-à-dire d'une attitude à avoir dans la vie.
Tous les philosophes dont cependant pas été des maîtres
de sagesse. Aspirés par la tentation du savoir, ils ont parfois oublié la sagesse au profit de la science.

Aussi,Kant (1724-1804) a-t-il pris le soin de rappeler que les questions métaphysiques que l'homme se pose n'ont de solution que pratique. Car s'il est contradictoire de vouloir prouver Dieu ou l'immortalité de l'âme par la raison, i est en revanche nécessaire de les postuler pour guider 1. vie pratique. Et ce, parce qu'il nous est indispensable de supposer une perfection afin de nous parfaire nous-mêmes. Qui plus est, c'est en existant que l'on comprend l'existence. D'où l'importance de la morale, terme qui néanmoins suscite souvent bien des réticences : n'y-a-t-il pas un conformisme social qui appelle "morale" le fait de respecter un certain nombre de règles de vie en commun, en se conformant à une image type délivrée par le groupe auquel on appartient ?
N'y a-t-il pas également un moralisme, caricature de la morale, qui pratique des conduites de persécution en
« faisant la morale » à ceux qui ont commis des fautes ?






Sagesse et prudence

Aristote (384-322 av. J.-C.)
résume l'attitude
de l'homme sage
en faisant de celui-ci
l'homme prudent,
se gardant par sa prudence (phronensis)
des extrêmes,
synonymes de violence
et d'excès.

Lorsqu'il s'agit,
pourDescartes (1596-1650),
de faire
Provision de morale,
afin de Avre
raisonnablement tout
en édifiant la science,
Il se tourne lui
aussi Vers
la prudence.
quand on ne sait
pas quoi faire,
Il faut, dit-il,
s'éloigner des extrêmes
par principe,
et donc fuir la violence.

 

 

" La vraie morale
je moque de la morale. "

Pascal

(1623-1662), Pensées.

La philosophie
nous enseigne que
la morale n'est ni
un conformisme
social ni un
moralisme.

Avoir de la force d'âme

À la question du conformisme social, a faut rappeler, ainsi que le fait Kant, qu'au contraire la morale bien comprise est tout sauf un conformisme. Car vivre moralement consistant à faire preuve de « force morale », c'est-à-dire de volonté, une telle attitude implique une exigence, une fidélité à soi et un courage absents dans le conformisme, lequel par faiblesse et passivité est toujours prêt à composer avec le plus grand nombre et les circonstances.

Le devoir de bonheur

Quant à la question du moralisme, il est important de
souligner, comme le fait Spinoza (1632-1677), que la
morale n'est pas simplement morale, mais éthique.
En effet, il importe d'une part de vivre avec vertu et
d'acquérir par là une dignité en posant comme valeur
que l'on ne peut pas faire n' importe quoi avec la vie
et avec les hommes mais il importe aussi de souligner
que notre premier devoir est
d'être heureux comme de rendre heureux les autres. Tant il est vrai qu'il n'est pas vertueux de se haïr et encore moins d'être incapable de faire le bonheur de son entourage. Il est facile d'être triste et morose rappelle Alain (1868-1951). Il l'est moins de sourire et d'être joyeux. C'est la raison pour laquelle il précise que notre premier devoir est d'être heureux. Morale, éthique, vertu, bonheur, tous ces termes sont inséparables. Car si une vertu triste est une triste vertu, fort peu vertueuse au fond, un bonheur sans vertu, qu'est-ce sinon un bonheur incapable de lui-même faute de se devoir à lui-même ?
Un bonheur doit avoir des exigences vis-à-vis de lui-même pour pouvoir être un bonheur. Il faut se rendre digne d'être heureux, dira Kant, pour rappeler que la morale a besoin d'une philosophie, autant pour se sauver du moralisme que pour sauver le bonheur de l'hédonisme*.